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Guide fiscal

Frais réels ou abattement de 10 % : comment trancher

L'administration retranche d'office 10 % de vos salaires au titre des frais professionnels. Vous pouvez y renoncer pour déduire vos dépenses réelles. Voici comment savoir si l'opération en vaut la peine.

Par RomainMis à jour en septembre 20268 min de lectureBarèmes loi de finances 2026

C'est l'arbitrage fiscal le plus rentable à la portée d'un salarié, et pourtant l'un des moins exercés. Chaque printemps, des contribuables qui parcourent soixante kilomètres par jour valident une déclaration préremplie sans jamais avoir comparé les deux options. L'écart se chiffre souvent en centaines d'euros.

Ce que recouvre l'abattement de 10 %

L'administration considère que tout salarié engage des dépenses pour exercer son activité : trajets, repas pris à l'extérieur, documentation, formation. Plutôt que d'exiger des justificatifs de quarante millions de foyers, elle applique un abattement forfaitaire de 10 % sur le salaire net imposable.

Pour les revenus de 2025, cet abattement est encadré par deux bornes : un plancher de 509 € par déclarant, qui protège les petits revenus, et un plafond de 14 555 €, atteint à partir de 145 550 € de salaire. Entre les deux, le calcul est purement proportionnel.

Vous n'avez rien à faire pour en bénéficier : laisser la case 1AK vide suffit. C'est l'option par défaut, et elle convient à la grande majorité des salariés.

Le principe de l'option pour les frais réels

Opter pour les frais réels, c'est renoncer à ce forfait pour lui substituer le total de vos dépenses professionnelles effectives. L'option s'exerce chaque année, sans engagement pour les années suivantes, et se matérialise en portant le montant total en case 1AK, ou 1BK pour le conjoint.

Trois règles encadrent l'exercice. L'option est globale : elle porte sur l'ensemble de vos salaires, pas sur un employeur en particulier. Elle est individuelle : dans un couple, chacun choisit librement son régime. Elle est enfin justifiable : vous devez pouvoir prouver chaque euro déclaré pendant trois ans.

Les dépenses admises

Les trajets domicile-travail

C'est de loin le poste principal. Le barème kilométrique publié par la DGFiP couvre forfaitairement carburant, assurance, entretien, pneumatiques et dépréciation du véhicule. La distance retenue est plafonnée à quarante kilomètres pour l'aller simple, sauf circonstances particulières justifiant un éloignement : mutation, emploi du conjoint, santé, marché du logement local, scolarité des enfants.

Les abonnements de transport en commun non remboursés par l'employeur sont déductibles pour leur montant réel. La part prise en charge par l'employeur, elle, ne l'est évidemment pas.

Les repas

Si vous ne pouvez pas rentrer déjeuner chez vous, la fraction déductible correspond à la différence entre la dépense engagée et la valeur forfaitaire d'un repas pris à domicile. La participation patronale aux titres-restaurant vient en déduction. En l'absence de justificatifs précis, l'administration admet une évaluation forfaitaire de cette différence.

Le télétravail

Les dépenses engagées à domicile sont déductibles, soit au forfait, soit au réel en calculant la quote-part de vos charges affectée à l'usage professionnel. Ce point est détaillé dans le guide consacré aux frais de télétravail.

Les autres postes

Le seuil de bascule

La règle tient en une phrase : les frais réels l'emportent dès que leur total dépasse 10 % de votre salaire net imposable. Pour un salaire de 30 000 €, le point d'équilibre se situe à 3 000 € de dépenses ; à 45 000 €, il monte à 4 500 €.

Mécanique importante : plus votre salaire est élevé, plus le forfait est difficile à battre, puisqu'il croît avec le revenu tandis que vos kilomètres, eux, ne bougent pas. Un cadre à 70 000 € doit justifier 7 000 € de frais pour y gagner quoi que ce soit.

Attention enfin à ne pas confondre le gain en base et le gain en impôt. Dépasser le forfait de 1 500 € ne fait pas gagner 1 500 €, mais 1 500 € multipliés par votre tranche marginale : 165 € à 11 %, 450 € à 30 %.

Les profils pour lesquels l'option est presque toujours gagnante

Ordres de grandeur indicatifs, à vérifier par le calcul dans chaque situation.
SituationPourquoi
Plus de 30 km aller par jour en voitureLe barème kilométrique dépasse rapidement le forfait, même sur un salaire moyen
Salaire modeste et trajets importantsCas le plus favorable : forfait faible, frais élevés
Véhicule électriqueMajoration de 20 % du barème kilométrique
Double résidence professionnelleLoyer et trajets de rapprochement familial déductibles
Formation coûteuse autofinancéeDépense exceptionnelle qui fait basculer l'année

À l'inverse, un salarié urbain circulant en transports en commun remboursés à 50 % par son employeur n'a pratiquement jamais intérêt à l'option.

Faire le calcul pour votre situation

Le calculateur applique le barème kilométrique, ajoute repas et télétravail, puis compare au forfait de 10 %.

Ouvrir le calculateur

Les justificatifs à conserver

L'option ne demande aucune pièce jointe à la déclaration, mais l'administration peut les réclamer pendant trois ans. Conservez la carte grise du véhicule, un relevé de kilométrage, les justificatifs de présence ou le planning attestant du nombre de jours travaillés, les abonnements de transport, et les factures de formation ou de matériel.

Un tableau tenu au fil de l'année vaut mieux qu'une reconstitution de mémoire en mai. C'est aussi ce qui distingue une déduction défendable d'une estimation approximative.

Les erreurs les plus coûteuses

Sources : BOFiP, article 83-3° du Code général des impôts, brochure pratique DGFiP de la déclaration des revenus 2025.

Pour aller plus loin